Pôle missionnaire du Val Maubuée

Eglise Catholique

 Action des chrétiens pour l'abolition de la Torture




 


« …..Je ne crois pas au droit du plus fort, au langage des armes, à la puissance des puissants. Je ne veux croire qu’aux droits de l’homme, à la main ouverte, à la puissance des non-violents. »

Dom Helder Camara « Credo pour la paix »


Appel ACAT du mois de avril 2021

 

 

Le 25 / 03 / 2021

Il y a cinq ans, le Vietnam était touché par la plus importante crise environnementale de son histoire. En avril 2016, la firme taïwanaise Formosa déverse des tonnes de déchets toxiques dans la mer. La catastrophe affecte quatre provinces et des centaines de milliers de personnes. Rapidement, des manifestations secouent les grandes villes du pays. Tandis que les médias d’État vietnamiens tentent de calmer la gronde à coups d’opérations de communication, les manifestants sont placés sous surveillance, frappés par la police, ou ramenés au poste pour y être torturés.

Nguyen Van Hoa, jeune journaliste citoyen de 21 ans, décide d’aller couvrir ces manifestations et d’apporter son soutien aux familles affectées. Sa province d’origine, Ha Tinh, est l’une des plus touchées par la catastrophe. En octobre 2016, Hoa publie sur les réseaux sociaux les images, filmées à l’aide de son drone, d’une manifestation pacifique à l’extérieur des locaux de l’entreprise Formosa. Sa vidéo devient virale. Ces images lui vaudront d’être arrêté le 11 janvier 2017 par la police de la province de Ha Tinh, qui l’accuse dans un premier temps de vol de moto et de trafic de drogue avant de l’inculper pour « propagande contre l’État ». Le 27 novembre 2017, lors d’un procès au secret et sans représentation légale, Nguyen Van Hoa est condamné à sept ans de prison, suivis de trois ans d’assignation à résidence.

Torturé pour briser sa détermination

Dès son arrestation, Nguyen Van Hoa subit tortures et mauvais traitements. D’abord pour le forcer à accuser d’autres défenseurs des droits humains, puis pour s’être rétracté à la barre en indiquant au juge que ses déclarations avaient été obtenues sous la torture, enfin en représailles pour avoir porté plainte pour les sévices déjà subis. En effet, à deux reprises, en septembre 2018 et février 2019, Nguyen Van Hoa tente de porter plainte pour torture en suivant la procédure légale prévue par la loi vietnamienne. Les autorités de supervision du centre de détention de Ha Tinh et de la prison d’An Diêm ont toujours ignoré ses demandes. Hoa fait par la suite l’objet de mesures disciplinaires pour « violation du règlement de la prison » et pour avoir « critiqué le Parti communiste » et est passé à tabac par des gardiens. Entre mai et septembre 2019, il est envoyé à l’isolement. Durant cette période, Hoa est sous surveillance vidéo permanente, privé de lumière naturelle et sujet aux menaces constantes des gardes.

A plusieurs reprises, Nguyen Van Hoa est forcé de recourir à des grèves de la faim pour faire valoir ses droits et faire cesser les mauvais traitements. En 2020, Hoa a été privé de ses droits de visite car il refusait de porter l’uniforme de la prison. A cause de la torture subie, des conditions de détention et des grèves de la faim successives entreprises, Hoa, qui fêtera ses 26 ans le 15 avril 2021, s’affaiblit. Il souffre notamment d’otites et éprouve des difficultés à avaler, à mâcher et à entendre. Depuis son arrestation, il n’a bénéficié  d’aucun suivi médical.


L’ACAT est une ONG chrétienne de défense des droits de l’homme créée en 1974. Association loi 1901, elle est reconnue d'utilité publique et d'éducation populaire. 

 L’ACAT combat la torture et défend l’abolition de la peine de mort, ainsi que le droit d’asile partout dans le monde, sans distinction idéologique, ethnique ou religieuse. 

Comme chrétiens, nous refusons la pratique de la torture et agissons pour son abolition, en accord avec l’article 5 de la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme de 1948 : Nul ne sera soumis à la torture, ni à des peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants.

 Les trois piliers de l’ACAT : agir, prier, être œcuménique

 Agir :

  • Envoi de lettres d’intervention aux autorités pour dénoncer la pratique de la torture ;
  • Soutien par envoi de lettres aux prisonniers victimes de la violence d’Etat et à leur famille ;
  • Sensibilisation des chrétiens au scandale de la torture ;
  • Education aux Droits de l’Homme en milieu scolaire.

 Prier :

  • Pour les personnes torturées et pour les tortionnaires, afin qu’ils retrouvent leur dignité d’homme. La « Nuit des Veilleurs » est une chaîne de prière relayée dans le monde entier à l’occasion de la Journée internationale de soutien aux victimes de la torture.

 Etre œcuménique :

  • L’Action des Chrétiens pour l’Abolition de la Torture est une association œcuménique, internationale, fondée en 1974 par deux femmes protestantes.

 Action, prière et œcuménisme sont efficaces : chaque année nous mettons fin au calvaire de plus de 200 hommes, femmes et enfants


 

Morts pour avoir manifesté

Mamadou Lamarana Bah, 16 ans, élève ; Thierno Sadou Bah, 18 ans, chauffeur ; Mamadou Karffa Diallo, 22 ans, élève ; Mamadou Aliou Diallo, 24 ans, maçon ; Amadou Oury Diallo, 25 ans, chauffeur ; Abdoulaye Timbo Sow, 27 ans, marchand ; Thierno Mamadou Kalidou Diallo, 27 ans, médecin stagiaire ; Ousmane Kéita, 22 ans, taxi-moto ; Boubacar Diallo, 14 ans, élève ; Thierno Aliou Barry, 17 ans, lycéen. Voilà la trop longue liste de ceux qui sont morts récemment en Guinée pour avoir manifesté.

Du 14 au 16 octobre 2019, plusieurs quartiers de la capitale Conakry et d’autres villes de Guinée ont été le théâtre de mouvements de contestation populaire. A l’appel du Front national pour la défense de la Constitution (FNDC), des milliers de manifestants ont battu le pavé contre le projet de nouvelle constitution qui pourrait permettre au président en place, Alpha Condé, de briguer un troisième mandat d’affilé, ce que lui interdit la constitution en vigueur. Les manifestations ont été interdites par les autorités administratives. Ceux qui ont voulu marcher ont été réprimés, occasionnant des affrontements entre manifestants et forces de sécurité. Le bilan des violences est lourd : le FNDC fait état d’au moins 11 personnes tuées, plus de 70 blessées, ainsi que 200 arrestations.

Une longue histoire de répressions des manifestations 

Cela fait plus d’une décennie que la Guinée est en proie à un cycle de violations graves des droits humains et d’impunité. Entre 2005 et 2015, au moins 350 personnes sont mortes et plus de 1 750 autres ont été blessées lors de manifestations. La plupart ont été blessées ou tuées par les forces de sécurité. La Guinée a une longue habitude d’utilisation excessive des armes à feu par les forces de sécurité lors de la gestion des manifestations. 

Des enquêtes promises mais jamais menées

Les hiérarchies de la police et de la gendarmerie affirment régulièrement que les forces de sécurité n’ont pas le droit de porter des armes lorsqu’elles surveillent des manifestations. Dès qu’il y a morts d’hommes, les autorités guinéennes indiquent officiellement qu’elles ouvrent des enquêtes. Mais ces enquêtes n’aboutissent jamais ; les autorités guinéennes préférant dans le même temps rejeter la responsabilité des morts sur les manifestants et l’opposition sans apporter la moindre preuve. 

C’est en rendant justice aux victimes des répressions de manifestations et en sanctionnant leurs auteurs que la Guinée rompra avec cette longue habitude de violations des droits humains et d’impunité.

Ci-dessous lettre à envoyer pour soutenir les victimes

A l’attention du Président de la République Alpha Condé
Monsieur le Président,
Les 14 et 15 octobre 2019, onze personnes, dont un gendarme, sont mortes par balles à Conakry et Mamou à l’occasion de deux journées de manifestations interdites. Entre 2005 et 2015, ce sont plus de 350 personnes qui sont mortes en Guinée lors de manifestations qui ont dégénéré en affrontements avec les forces de sécurité.
Jusqu’à ce jour, les enquêtes promises n’ont jamais permis de faire la lumière sur les circonstances de ces décès. Le manquement du gouvernement guinéen à rendre justice aux victimes est patent et cela concourt à faire perdurer la culture de l’impunité dans le pays.
J’appelle le gouvernement à créer rapidement une unité judiciaire spéciale chargée d’enquêter sur les violences commises lors de manifestations et de la doter en moyens suffisants pour qu’elle puisse faire son travail de manière indépendante et en toute impartialité.
Dans cette attente, je vous prie de croire, Monsieur le Président, à l’expression de ma haute considération.
Monsieur Amara Camara
Ambassadeur de la République de Guinée
51 Rue de la Faisanderie,
75116 Paris

Site internet : https://www.acatfrance.fr

Equipe locale du Val Maubuée : Anne BAUDUCEAU (tel. 06 81 42 89 41)


 Chemin de croix à Torcy le 29 mars 2019 avec l'ACAT